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24 février 2015 2 24 /02 /février /2015 18:50

Dimitri BULAN est votre hypnothérapeute sur

Le Havre (06 17 55 32 69 ) et sa région.

 

L'humour, une vraie thérapie

Relativiser, dédramatiser, énoncer des vérités inavouables et exprimer des pulsions inacceptables, mais aussi nous rendre capables de résister à l’injustice et allonger notre espérance de vie… Les pouvoirs thérapeutiques de nos plaisanteries et autres mots d’esprit sont irremplaçables.

Isabelle Taubes

L'humour dope l'amour de soi

Une plaisanterie qui fait mouche est une véritable création. Mieux : c’est un moment de gloire. Grâce à ces chefs-d’oeuvre miniatures que sont le mot d’esprit ou la bonne blague, nos ego se gonflent de fierté. D’autant plus qu’ils ont vaincu la censure, transgressé les lois de la logique. Ce sentiment est encore plus intense quand nous réussissons à plaisanter d’une situation angoissante ou déprimante. Non seulement un sentiment de bien-être nous envahit, mais nous nous sentons soudain plus intelligents. Avantage supplémentaire : celui qui détient le précieux pouvoir d’amuser met la foule des rieurs de son côté. Ce n’est pas pour rien qu’aux États-Unis, les leaders politiques et les chefs d’entreprise commencent régulièrement leurs interventions par une bonne histoire.

 

L'humour est un anti-dépresseur

Toutes les catastrophes ou presque entraînent rapidement un déferlement de bonnes histoires. Pendant qu’un nuage de cendres paralysait le ciel européen, blagues et jeux de mots plus ou moins heureux ont immédiatement fait leur apparition. « Alors, ils volcans, les avions ? » « Décidément, les nuages volcaniques sont plus futés que les nuages atomiques : ils ne s’arrêtent pas aux frontières de la France »… Ce phénomène très humain rappelle le rôle cathartique de l’humour. Un bon mot et nos tensions disparaissent. Les histoires juives constituent le modèle de l’humour antidéprime qui transforme en bonnes blagues ce qui nous abattrait. Basées sur l’autodérision, elles nous apprennent à rire de nous-mêmes et de la cruauté de la vie, en reprenant toutes les accusations de l’ennemi : les juifs sont sales, voleurs, ne pensent qu’à l’argent, ont tué Jésus. « Oui, oui, on a tué le Christ, racontait Lenny Bruce, immense humoriste américain des années 1960. Et s’il revient, on le tuera encore. » Des larmes au rire, il n’y a qu’un pas. « Élie se plaint à Shlomo : “Mon fils s’est converti au catholicisme, une vraie catastrophe.” “Le mien rêve de se convertir, quelle honte !” répond Shlomo, lugubre. “Et le mien, vous savez ce qu’il a fait ?” rétorque Dieu, qui écoutait la conversation. » Morale de l’histoire : si l’Éternel lui-même a des problèmes avec son garçon, normal que j’en aie avec le mien.

L'humour libère nos pulsions

Selon la thèse développée par Freud dans Le Mot d’esprit et ses rapports avec l’inconscient(1905), l’humour, exactement comme les rêves, libère impunément nos pulsions les plus inavouables, sans que notre gendarme intérieur, le surmoi, s’en off usque. Il permet d’exprimer, sans se salir les mains, ce qui ne peut être dit ou, pire, mis en actes – nos envies de meurtre, nos fantasmes sadomasochistes, notre mépris de l’autre sexe, etc. « Qu’est ce qui est rouge et qui se tortille ? Un bébé pendu à un crochet de boucher. » Cette petite blague permet aux enfants de fantasmer tranquillement l’assassinat de leur petit frère, de se consoler de ne plus être le (ou la) préféré(e) ; et aux parents d’assassiner symboliquement le nourrisson qui les condamne à l’insomnie depuis sa naissance. « “Bonjour les filles”, lance un aveugle en passant devant une poissonnerie. » Cela revient à dire : les femmes sont des morues. Ce genre d’humour est une façon de satisfaire les pulsions sexuelles agressives et misogynes. Selon Freud, une blague obscène racontée à une femme a la valeur d’une invitation sexuelle détournée mêlée au désir de l’humilier… « Pourquoi les pets sentent-ils ? Pour que les sourds puissent en profiter ! » Voilà un mot d’esprit qui nous autorise à jouir innocemment de la pulsion anale – pipi-caca- boudin – comme seuls les moins de 10 ans en ont le droit. Les histoires drôles ressuscitent le plaisir enfantin, régressif, de jouer avec les sons, les mots, de les triturer en tous sens.

 

 

L'humour nous rassemble

« Dans le monde entier, quand un peuple arrive au fond, il remonte. Nous, quand on arrive au fond, on creuse. » Dans son dernier spectacle, l’humoriste kabyle Fellag nous raconte une fois encore les petites misères et mauvais travers du peuple berbère. Nés à Paris, Toulouse, Tizi Ouzou, Cayenne ou Québec, nous sommes immédiatement touchés. Pourquoi ? Tout simplement parce que nous sommes humains. C’est l’effet empathique de l’humour. Notre rire est une façon de dire : « Au-delà de nos différences, nous sommes tous semblables. Moi aussi, je suis comme ça, avec mes préjugés, mes croyances, mes faiblesses. » « L’humour incite à la réflexion sur soi, sur l’existence, sur l’humanité, précise le psychanalyste et psychothérapeute Moussa Nabati. C’est un moyen de communiquer, de désamorcer les conflits. » Dehors, la réalité est restée la même, mais nous, pour un petit moment, nous sommes plus tolérants, plus aimants. Moins égoïstes.

L'humour s'apprend à tout âge

Nous sommes inégaux face à l’humour. À ceux qui en sont dépourvus, les spécialistes des thérapies comportementales et cognitives (TCC) prescrivent des exercices consistant à imaginer des situations cocasses, insolites, là où justement le bât blesse – au bureau, à la maison, dans les relations amoureuses. Il s’agit d’apprendre à interpréter les événements autrement afi n de prendre du recul. Le vieux conseil qui consiste à visualiser son patron constipé sur le siège des toilettes entre dans ce type de stratégie. Après un déjeuner familial houleux, au lieu d’ennuyer ses amis en leur narrant la dix-millième scène mélodramatique avec papa ou maman – ou les deux –, il sera par exemple plutôt conseillé de lancer le grand concours de qui a la mère la plus méchante ou le père le plus pervers. Une stratégie pour soulager ses tensions internes et « dénégativer », pour reprendre le mot de Frédéric Fanget, psychiatre et psychothérapeute praticien des TCC.

L'humour soigne le corps et l'esprit

Un bon mot doit produire un bel éclat de rire, sinon il a raté son but. Malheureusement, expliquer le mécanisme du rire est tout sauf amusant. Voici la description qu’en fait Jim Holt, journaliste américain, dans sa Petite Philosophie des blagues et autres facéties : « Sur le plan physiologique, le rire est la contraction de quelque quinze muscles faciaux, et la stimulation conjointe des muscles de l’inspiration et de l’expiration, ce qui provoque des spasmes respiratoires et une explosion d’ordre phonique. » Nous savons désormais que cette expérience a des effets bénéfiques sur la santé : oxygénation du sang, diminution du stress, renforcement du système immunitaire et, bonne nouvelle, allongement de la durée de vie. « Le seul rival du rire comme pourvoyeur de bien-être et de plaisir est l’amour », assure le journaliste. Et si l’amour est aveugle et rend volontiers stupide, l’humour aiguise l’intelligence en modifiant le fonctionnement cérébral. Réjouis par un bon mot, « nous résolvons plus facilement nos problèmes, car l’hémisphère gauche du cerveau (raison, logique) est plus actif », explique le psychiatre Frédéric Rosenfeld. Mieux, selon Olivier Lockert, psychothérapeute, quand nous avons bien ri, « la plasticité du cerveau augmente, et de nouvelles connexions peuvent se produire ». En clair : l’humour réveille salutairement.

 

 

L'humour et la philosophie

Nous rendant plus souples psychiquement, l’humour facilite la communication. Aussi, « en Orient, les sages transmettent souvent leur enseignement en racontant une histoire drôle », nous apprend Moussa Nabati. Le philosophe Ludwig Wittgenstein rêvait d’un livre de philo entièrement composé de blagues. Les Américains Thomas Cathcart et Daniel Klein se sont efforcés de relever le défi . La thèse de ces deux diplômés de l’université Harvard : le mot d’esprit, comme la philosophie, subvertit le sens commun et permet de saisir certains concepts philosophiques. Voyons comment ils l’utilisent pour illustrer la notion aristotélicienne de telos (« finalité »), ce besoin psychologique universel d’imaginer que toute chose a un sens et que nos destinées sont écrites d’avance : « Madame Goldstein est au supermarché avec ses deux enfants. La caissière lui demande leur âge. “Le médecin a 6 ans ; l’avocate, 3 ans et demi.” » Une manière de dire que ses enfants sont nés pour exercer ces professions (et par là même de susciter sa fierté).

 

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LIRE AUSSI : les 21 jours du cerveau

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